L’addiction à l’adrénaline : une souffrance psychologique ?

De nos jours, les adeptes des sports extrêmes tels que le saut en parachute, la wingsuit, l’alpinisme ou encore le kitesurf se multiplient. Ils sont tellement nombreux que, dans les pays anglo-saxons, un terme a été inventé pour les désigner : « adrenaline junkies » (c’est-à-dire accros à l’adrénaline).

Mais ces amateurs de sensations fortes, chevaliers téméraires des temps modernes, ne souffrent-ils pas d’un mal psychologique au regard du danger qu’ils osent braver sans sourciller ? Dès les années 60, d’éminents psychologues se sont penchés sur la question et ont publié leurs travaux. Voici ce qu’il en ressort.

Le mécanisme physiologique de l’adrénaline

Tout d’abord, intéressons-nous au mécanisme purement biologique qui intervient lors d’un danger imminent. Lors d’une forte émotion (colère, peur ou stress), les nerfs sensitifs envoient un signal au système lymbique qui fait lui-même réagir le système nerveux ortho-sympathique. Les glandes surrénales (proches des reins), commandées par l’hypothalamus (au niveau du cerveau), sécrètent alors l’adrénaline (aussi connue sous le nom d’épinéphrine) et l’envoient dans le sang pour qu’elle soit distribuée aux organes cibles.

Le corps répond ainsi à l’agression de différentes manières :

  • Accélération du rythme cardiaque
  • Dilatation des vaisseaux sanguins
  • Tension des muscles
  • Horripilation (les poils se dressent)
  • Ralentissement de l’activité de l’appareil digestif
  • Oxygénation du cerveau

L’organisme est ainsi stimulé pour réagir au danger : la combativité est améliorée, les réflexes et la vigilance sont accrus. On se sent d’une certaine manière beaucoup plus fort, aussi bien physiquement que mentalement, ce qui explique que certains en redemandent et deviennent accros à cette sensation exaltante.

La psychologie de la prise de risques

Le psychologue américain Marvin Zuckerman a été le premier à étudier la recherche de sensations dès 1969. Selon lui, les individus touchés veulent sans cesse des sensations nouvelles en prenant volontairement des risques. Ils sont particulièrement attirés par la nouveauté, la stimulation intense, et ont peu tendance à éviter la douleur.

Si dans les années 60-70, les sports extrêmes étaient peu développés, il sont aujourd’hui accessibles à tous, notamment avec les offres de coffrets cadeaux à sensations (voir par exemple ici). Ainsi, chacun est capable de développer relativement facilement ce genre d’addiction. L’adrénaline déclenche la libération de dopamine, hormone du bien-être généralisé, par le cerveau qui suit un circuit de récompense classique. Les sportifs de l’extrême cherchent à reproduire sans cesse ce schéma de façon à combler un manque. C’est pour cette raison qu’ils n’hésitent pas à sauter en parachute en tandem, puis seuls, puis en wingsuit ou base jump, cherchant toujours une intensité plus importante.

Rappelons les caractéristiques de ce que l’on appelle médicalement la dépendance. Elle inclut dans notre cas une propension à continuer à prendre toujours plus de risques malgré des conséquences qui peuvent s’avérer désastreuses, l’abandon progressif des autres activités au profit des sports à sensations, et une difficulté à contrôler son volume d’activités physiques.

Ainsi, le sportif, une fois son objectif atteint, ressent une sorte de vide intérieur qui le pousse à recommencer encore plus fort. Il s’agit bien évidemment d’une forme de souffrance psychique qu’il cherche à atténuer avec les efforts physiques. Par ailleurs, les accros à l’adrénaline sont souvent addicts à d’autres éléments comme l’alcool, la drogue, les cigarettes, le jeu, le sexe etc…Toutes ces addictions ont évidemment le même but : diminuer une certaine douleur psychique. Il est donc conseillé de consulter un psychologue agréé lorsqu’on est touché par ce genre d’addiction.